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Geek schizophrène désespéré à tendances idéalistes et dont l'avidité de culture n'a d'égale que la taille de son... imperméable(mais... mais... revenez, enfin!!?)

[Métaphysique ta mère]

Méditations solitaires à l'usage de la populasse (et autres joyeusetés sans intérêt)
4/15/2007

[Athé à la cerise]


Et l'on serpente à la surface,

Négligeable bagatelle,
Candidate forcée à l'hécatombe perpétuelle,
Ouvrons la chasse aux mécréants qui n'ont jamais goûté l'opium,
Sensé faire de nous des hommes et des mères pour nos enfants,

Alors on brûle on brûle on brûle, on accumule autant d'émules,
De peuple en peuple, de ville en ville, pendant que les théocrates dealent.

Si Dieu existe ? Je n'en sais rien. Quel est le plus beau des jardins ?
Si par le plus grand des hasards tout ça existe, je ne veux pas le savoir.

Alors ne me fais pas croire que nous attend la bonne surprise,
J'ai autre chose à faire à voir dans cette vie de friandises,
Ne me laisse pas croire que nous attend la bonne surprise,
Et si jamais tout n'est pas noir, ce ne sera que la cerise.

Et l'on torture à la surface
Le corps, le sexe, la femme, la science
Et autres formes de connaissances trop dangereuses pour nos systèmes
Je refuse toute abstinence plutôt que de m'avouer vaincu
J'invoque ici l'immanence, la transcendance en temps voulu

Ignorants noyés sous la gnose
Prenez le ou non comme une fronde
Mais je ne ferais pas de vos névroses
Un modèle pour mon monde

Si Dieu existe, je n'en sais rien
Je ne péterais jamais plus haut
Que le Cul d'aucun de vos Saints
Si Dieu existe, rencard à l'échafaud

Alors ne me fais pas croire que nous attend la bonne surprise,
J'ai autre chose à faire à voir dans cette vie de friandises,
Comment pourrais-je boire ces paroles imbibées de bêtises ?
Pourquoi devrais-je donc m'en vouloir dans cette vie en terre soumise ?

N'attendons pas plus tard qu'aujourd'hui pour rafler la mise
Et si enfin tout n'est pas noir, ce ne sera que la cerise.
Ce ne sera que la cerise
Ce ne sera que la cerise

(Matmatah - La Cerise)
4/19/2006

[Capillaire de rien]

Confortablement assis dans un siège bleu, j'attend qu'on s'occupe de moi. Je scrute le faux plafond, écoute la radio d'une oreille distraite, la tête penchée en arrière. Impatient, je savoure néanmoins l'instant avec une excitation digne d'un gosse le matin de Noël: je sais que ce qui m'attend sera de courte durée, alors j'anticipe pour en profiter un peu plus. La nuque bien encastrée dans un lavabo individuel, je commence à fermer les yeux. Provisoirement aveugle, je redécouvre mon proche univers au travers de mes cinq sens.

L'ouïe. La radio n'est maintenant plus qu'un parasite dans le lointain. Seuls restent les cliquetis des ciseaux dans la pièce d'à côté, les crissement des tabourets à roulettes, le bruissement des pages des magazines à scandales, la turbine du sèche-cheveux, le vrombissement des tondeuses et le souffle humide des sprays coiffants.

Des bruits de pas maintenant. Ils entrent dans la pièce, contournent les autres sièges et viennent brutalement mourir derrière moi. "On y va, monsieur?" Cette voix, c'est celle de Marie, la shampooineuse. J'aquiesse d'un bref "Ok." marmoné entre mes dents derrière mon léger sourire d'épanouissement. Bruit de tuyauterie: elle vient d'ouvrir le robinet.

Le toucher. L'eau parfaitement tiède commence à tremper ma tignasse. Le flot continu parcours la forêt de mon crâne, s'immisce dans mes racines, ramoli la raideur de ma coiffure et se déverse sur mes pavillons. Mes oreilles sont des grottes cachées derrière une chute d'eau. Ruisselante de liquide tempéré, ma tête semble se détendre d'elle-même et baisse les armes face à cette main experte qui aide le fluide à passer dans les zones les plus denses de ma chevelure en sursis, avant de couper l'abondance du pommeau de douche. Bruit de pompe: le distributeur de shampooing.

L'odorat et le goût. Une forte odeur se fraye un chemin jusqu'à mes narines et amplie mes sinus. De l'amande. Sucrée et humide. Dans ma tête, je vois cette mixture d'un joli vert tilleul. Mon cerveau travaille, accède à mes souvenirs les plus lointains et en ressort un bien spécifique: les dimanches après-midi passés dans la cuisine avec ma mère, à préparer des dattes enrobées de farine et farcies à la pâte d'amande verte. Comme quoi il en faut parfois peu pour se remémorer des souvenirs bien enfouis.

Le toucher, à nouveau. Les mains délicates de Marie malaxent mon cuir-chevelu avec une infinie douceur. Ses doigts glissent sur ma peau, effleurent mes oreilles, courent sur ma nuque. L'expérience est sensuelle, et j'aurais aimé qu'elle ne s'arrète jamais. Hélas! toutes les meilleures choses ont une fin, et le bruit du robinet est là pour me le rappeler. Le liquide tropical revient à la charge pour effacer toutes les traces de notre étreinte capillaire, laissant mon crâne seul avec ses cheveux, délaissé par son amante au parfum d'amande qui, dans un dernier élan d'Amour, recouvre son ex-partenaire d'une serviette comme pour masquer sa gêne ainsi mise à nu. Dernière volonté d'un condamné avant l'éxécution sommaire de sa toison par des ciseaux habiles.

Qui oserait dire après ça que la tête n'est pas une zone érogène?
4/2/2006

[Monsieur tout-le-monde]

Ce soir, j'ai décidé d'etre monsieur tout-le-monde. Comme ça, pour voir. Dans mon salon, je n'étais que moi. Ma seule compagnie était mon reflet. Encore moi, quoi. Si seulement ce double avait un peu de conversation, ça serait plus palpitant. Mais non, meme pas. Ce traitre ne sait rien faire d'autre que m'imiter. C'est d'un navrant...

Heureusement, mon costume d'anonymat est propre. Ca tombe bien, j'ai envie de le porter aujourd'hui. Après de rapides essayages, je décide de jouer le jeu au maximum: ce soir, je serai très commun. En descendant, j'abandonne mes poubelles dans un container à mon image et prend vigoureusement la tengeante, bien décidé à gratifier le monde extérieur de mon éblouissante invisibilité.

En entrant dans le bus, je déchante très vite: tout le monde a eu la meme idée que moi. Je suis cerné par des gens tous plus communs les uns que les autres, à tel point que je me demande si leur noms sont bien propres. Je pose mon banal postérieur sur un siège lambda, lorsque je reçois le deuxième choc de la soirée: mon reflet a eu l'audace de me suivre dans ce transport de communs. Je fais mine de l'ignorer tout en me promettant de régler ça une fois rentré à la maison. Il ne perd rien pour attendre, le saligaud.

Arrivé à bon port, je déambule dans les rues en me mêlant à la masse singulière. Fort heureusement pour moi, le quartier que j'ai choisi est réputé pour sa population des plus originales. Cette foule bigarrée attire les regards des anonymes dont je suis fier de faire partie ce soir. Ce costume est vraiment de qualité. Personne ne m'a encore remarqué, à part peut-être mon cher reflet que je croise épisodiquement au hasard des vitrines.

Au détour d'une rue, je me fait accoster par un homme qui, sans aucun doute, décrocherait la Palme de l'anonymat: un SDF. Il me demande une pièce ou deux, d'une manière tellement familière qu'un frisson me parcourt l'échine l'espace d'un instant: "M'aurait-il reconnu?", me dis-je brièvement, avant de me rendre compte qu'il vient de faire de même avec une autre personne aussi commune que moi. Mon émotion passée, je m'excuse de ne pouvoir répondre à son besoin, étant moi-même en position inconfortable. Il s'éloigne en bougonant et se dirige vers un autre quidam pour lui demander la même chose.

Je continue de marcher sans but en me cognant à la populasse. Au fil des bousculade, je commence à regretter d'avoir laissé mon costume d'original au placard et, petit à petit, je sens la tristesse monter en moi. Je m'arrète, immobile, dévisageant chaque individu érant autour de moi. Soudain, mon regard se fixe sur une vitrine: mon reflet est en train de me scruter. Je peux lire dans ses yeux ce qu'il est en train de penser: "Je te l'avais bien dit..." Déconcerté, je capitule en me dirigeant lentement vers le metro le plus proche, les yeux baissés.

Au moins, j'aurais essayé.
3/14/2006

[Un jour de Mars]

Un rêve qui déstabilise (un de plus) : la journée commence bien.
Trouver qu'il fait beau. Admettre l'inutilité de son écharpe et de ses gants.
Marcher.
Revoir sa mère après 15 mois de brouille. Se prendre la tête avec elle.
Marcher.
Croiser par hasard un ami que l'on avait pas vu depuis quelques années. Découvrir qu'il aurait des tuyaux dans le domaine que l'on cherche à intégrer.
Marcher.
Suivre le tracé du futur tramway. Penser que c'est une bonne chose. Être content de vivre à Paris.
Marcher.
Prendre la rue de Vaugirard. Se rendre compte que c'est une véritable vitrine à souvenirs.
Passer devant un square et se rappeler cette journée de Juin 2003 où l'on chahutait avec son ex comme deux gamins, chose douloureuse quand on éprouve encore des sentiments pour elles et qu'il ne sont pas réciproques.
Marcher.
Arriver à Pasteur. Se souvenir qu'on y avait croisé une ancienne camarade de classe dont on avait oublié le nom. S'attendre bêtement à ce que cela arrive à nouveau. Ne pas se souvenir de son nom quand même.
Marcher.
Avoir la désagréable intuition que l'on va assister à un accident aujourd'hui.
Marcher.
Découvrir une boutique sur l'astrologie. Se dire que cela pourrait interesser quelques amies. Entrer et demander une carte. Se sentir bien tant ce lieu est agréable.
Marcher.
Arriver à Montparnasse. Se rappeler plein de bons moments avec ses meilleurs amis.
Marcher.
S'extasier devant un saxophone alto dans la vitrine d'une boutique de musique. Se dire qu'il faudrait peut-être s'y mettre un jour avant qu'il ne soit trop tard.
Marcher.
S'arrèter prendre une bière au Forum sur "Lucie" d'Obispo. Trouver la chanson agréable. Se rendre compte que c'est bien la seule. Ne plus avoir envie de partir.
Marcher
Aller retirer son dossier d'inscription en CFA dans l'école d'à côté. S'imaginer déjà squatter le Forum en sortant des cours.
Marcher.
Arriver aux Jardins du Luxembourg. S'y remémorer de délicieux moments avec la fille dont on a rêvé le matin même. Se perdre dans son esprit et dans les jardins.
Tourner en rond.
Sortir paumé. Avancer à l'aveuglette en se fiant à son instinct. Tomber sur Port Royal.
Marcher.
Rentrer dans une quincaillerie tellement calme et silencieuse qu'on se croirait sur une autre planète. Sortir déçu par les prix, mais avec des idées plein la tête.
Marcher.
Apercevoir un gros lion en bronze au milieu d'une place.
Marcher.
Passer dans la rue qui abrite un centre de Jeunes Vocations. Entrer. Se souvenir qu'on y fût placé très jeune par sa mère dans l'espoir d'y fréquenter des enfants comme soi. Se souvenir que ce fût un échec. Se demander qui jouait en première base. Repeter plusieurs fois 42 en se tapant la tête contre un mur. Sortir.
Marcher.
Resister à la tentation de dépenser l'argent qu'on a pas dans des futilités vidéoludiques qui peuvent bien attendre.
Marcher.
Arriver à Alesia. Assister à un accident: un femme se fait violement éjecter par un taxi en traversant la rue. Se dire que, parfois, les intuitions, ben ça pue la loose.
Marcher.
Déambuler dans un antiquaire. Trouver tout très moche.
Marcher.
Se demander si on ne se serait pas trompé de route. Avoir confirmation que si. Tourner à gauche, pour voir.
Marcher.
Être content d'avoir quand même un sens de l'orientation pas trop mauvais. Déchanter en voyant qu'on s'est quand même planté d'un bon kilomètre.
Marcher.
Arriver à bon port. Prendre le bus pour rentrer au bercail. Être encore euphorique d'avoir fait ce "parcours initiatique" dont on avait bien besoin. Se rendre compte que l'on ne trouve des signes que quand on en cherche.

C'était aujourd'hui.
1/25/2006

[Vous en êtes un autre, monsieur!]

- Bonjour. Je m'appelle Romain.
- Je sais.
- Ah bon? Et comment sais-tu ça?
- Car c'est aussi mon nom.
- Etonnant.
- Pas tant que ça vu que nous sommes la même personne.
- En effet, c'est même plutôt logique.
- Donc, Romain, de quoi veux-tu nous parler aujourd'hui?
- Eh bien, je suis venu témoigner.
- Très bien. A quel qujet?
- Je suis schizophrène.
- Qui l'eu cru?
- En effet, ça ne se voit pas tout de suite quand on me rencontre.
- Je veux bien te croire. Ca fait longtemps?
- Aussi loin que je puisse m'en souvenir, j'ai toujours vécu avec moi-même, en fait.
- Je confirme. La cohabitation n'est pas trop difficile?
- Non, ça va. J'arrive à me supporter, même si c'est parfois assez usant.
- Ca arrive même aux meilleurs.
- Sûr.
- Qu'est-ce qui est le plus difficile quand on est schizophrène?
- S'aimer.
- S'aimer?
- S'aimer. Vivre avec quelqu'un, ce n'est pas quelque chose qui se décide à la légère. Sauf que là, je n'ai pas le choix.
- Ah oui, je comprend. J'imagine qu'il y a des heuts et des bas.
- Evidement.
- Et quand il y a des bas, justement, comment gères-tu ça?
- J'essaye de me détendre, de ne pas y penser. Mais c'est dur, affreusement dur.
- Je veux bien te croire.
- Heureusement, il y a aussi des hauts.
- Et sinon, avec le... hum, disons... le "sexe féminin", ça se passe comment?
- C'est ça qui est dur: faire accepter à une fille un ménage à trois avec moi-même. En général, elle ne comprend pas et fuit en courant en me traitant de schizo. Le pire, c'est qu'elle a raison.
- En effet, ça ne doit pas être facile tous les jours. En tout cas, Romain, merci d'être venu témoigner ici.
- Je t'en prie, ce fut un plaisir.
- On s'appelle?
- Sans faute.
- Merci de votre attention et à bientôt!